IA en études de médecine : réviser PASS, LAS et EDN sans se piéger
Santé11 min de lecture · 27 septembre 2026
Une IA peut te sortir cinquante QCM de cardiologie en dix secondes. Elle peut aussi t’inventer une contre-indication ou une référence d’article, avec le même aplomb. En médecine, la vraie question n’est donc pas « faut-il utiliser l’IA ? », mais « comment s’en servir sans apprendre des erreurs ». Voici le calendrier de la réforme à jour, les méthodes qui marchent, les sources qui font foi et les deux lignes rouges : les hallucinations et le secret médical.
En bref : utilise l’IA comme un examinateur, pas comme un manuel : elle te pose des questions, tu réponds, puis tu vérifies la correction dans LiSA, le référentiel de ton collège, la HAS ou la base publique des médicaments. Les études publiées montrent qu’une IA peut reprendre une erreur glissée dans ta question et inventer des références. Ne colle jamais un cas de stage, même « anonymisé » à la main : c’est couvert par le secret médical. Côté calendrier, les EDN ont lieu du 12 au 15 octobre 2026, et le PASS/LAS vit sa dernière rentrée avant la voie unique annoncée pour 2027.
Où en est la réforme en septembre 2026
Premier cycle : PASS et LAS, dernière rentrée avant la voie unique
Le 17 avril 2026, Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) et Stéphanie Rist (Santé) ont annoncé la fin du PASS et de la LAS, remplacés à la rentrée 2027 par une voie unique d’accès aux études de santé sur Parcoursup (L’Etudiant). La nouvelle première année serait commune aux cinq filières (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie, kinésithérapie) et organisée en trois blocs : santé (24 à 30 ECTS), disciplinaire (24 à 30 ECTS) et transversal (6 à 12 ECTS), selon Service-public.fr. D’après L’Etudiant, les étudiants garderaient deux chances de candidater, en première et en deuxième année.
Si tu es entré en PASS ou en LAS ce mois-ci, ton année suit les règles actuelles ; Service-public précise qu’une transition sera opérée à la rentrée suivante. Le calendrier reste contesté : le 1er juillet 2026, Vidal rapportait que la Conférence des doyens de médecine demande un report d’un an, jugeant la réforme impossible à organiser correctement à temps et non soutenable sans engagements financiers fermes. Le gouvernement maintient 2027.
Deuxième cycle : EDN, ECOS et appariement
La réforme du deuxième cycle (R2C) a remplacé les ECN : la première session des épreuves dématérialisées nationales (EDN) s’est tenue du 16 au 18 octobre 2023 (CNG). Pour la promotion de sixième année, voici l’année 2026-2027 telle que la décrit le Centre national de gestion (CNG) :
| Étape | Quand | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| EDN, 1re session | 12 au 15 octobre 2026 | Quatre épreuves de 3 heures sur tablette, dont la lecture critique d’articles (LCA) le jeudi 15 (arrêté du 23 mars 2026) |
| Seuil | À l’issue des EDN | 14/20 aux connaissances de rang A pour accéder aux ECOS (CNG) |
| EDN, 2e session | Avant les ECOS | Organisée par les UFR pour qui n’a pas 14/20 : deux demi-journées de 3 heures, 180 à 220 questions, sans LCA |
| ECOS nationaux | Dates 2027 à suivre sur le site du CNG (en 2026 : 2 et 3 juin) | Dix stations, en deux épreuves de cinq stations par jour ; 10/20 minimum pour accéder à l’appariement (CNG) |
| Appariement | Après les ECOS | EDN 60 %, ECOS 30 %, parcours 10 % (CNG) |
Retiens la logique : sans 14/20 aux connaissances de base (le rang A), pas d’ECOS ; sans 10/20 aux ECOS, pas d’appariement. C’est sur ce socle que la mémorisation active rapporte le plus.
Réviser avec l’IA : ce qui marche vraiment
Te faire interroger plutôt que te faire résumer
Le piège classique : demander le résumé d’un item et le relire. Relire donne l’impression de savoir ; se tester fait retenir (les preuves sont dans notre article sur le rappel actif). Demande plutôt à l’IA de t’interroger à partir de TON cours ou de la fiche LiSA, une question à la fois, correction après ta réponse. Pour les flashcards, flashcards-anki transforme ton cours en cartes importables dans Anki. Vérifie chaque carte avant de l’ajouter : une carte fausse, tu vas la réviser cent fois.
Générer des QCM, puis les vérifier ligne par ligne
Un QCM généré par une IA est un brouillon. La Haute Autorité de santé le dit aux professionnels : il faut considérer chaque contenu généré « comme une proposition pouvant contenir des erreurs à vérifier », en particulier les valeurs, les unités et les noms de médicaments (HAS, octobre 2025). Trois réflexes :
- Demande l’item et le passage du référentiel qui justifient chaque réponse, puis va lire ce passage toi-même.
- Méfie-toi des chiffres (seuils, scores, délais) : c’est là que se cachent les erreurs plausibles.
- Préfère de vraies questions d’examen. C’est le principe du connecteur qcm-sante : il pioche dans MediQAl, un corpus public de questions issues d’examens nationaux de médecine français (licence CC BY 4.0), et te corrige avec les réponses du corpus. Même là, une annale reflète les recommandations de son année : le référentiel à jour a le dernier mot.
Travailler le raisonnement clinique
Un cas clinique fictif, avec questions à tiroirs et correction après coup, t’oblige à hiérarchiser : c’est ce que fait cas-clinique-edn. Pour les bases, semiologie-fiches te fait compléter des fiches par appareil, anatomie-memo fabrique mnémotechniques et quiz, et fiche-pharmaco-edn structure une classe médicamenteuse. Pour la LCA, lca-lecture-critique applique une grille de lecture (biais, validité, niveau de preuve) et biostat-medecine t’entraîne à interpréter p, IC, RR ou OR.
Simuler une station d’ECOS
Les ECOS évaluent ta capacité à agir face à un patient standardisé, chronomètre en main. En texte, une IA peut jouer le patient, tenir le temps et te rendre une grille d’évaluation commentée : c’est le rôle de ecos-station, utile pour répéter l’interrogatoire ou la structure d’une consultation. Mais une simulation écrite ne remplace ni l’examen physique ni l’entraînement à voix haute en binôme. La HAS conseille d’ailleurs aux professionnels de conserver « une part de pratique réalisée sans l’IA générative » : c’est encore plus vrai quand on apprend.
Les sources qui font foi
L’IA propose, les sources officielles tranchent. Garde celles-ci ouvertes :
- LiSA (UNESS) : le livret de suivi des apprentissages du deuxième cycle. Il donne accès aux 367 items de connaissances officiels de la R2C, avec des objectifs classés en rang A ou B et les situations de départ. Les fiches sont rédigées par les enseignants des collèges concernés, et l’accès est gratuit avec tes identifiants universitaires (UNESS).
- Les référentiels des collèges d’enseignants de chaque spécialité, et la HAS (has-sante.fr) pour les recommandations de bonne pratique.
- La base de données publique des médicaments (ANSM, avis HAS) : son usage est détaillé dans notre guide BDPM pour l’EDN, et le connecteur medicaments, bientôt disponible, l’interrogera en citant la date des données.
Règle simple : ce que tu ne retrouves dans aucune de ces sources est faux jusqu’à preuve du contraire.
Hallucinations : ce que mesurent les études
Ces chiffres viennent d’études publiées, sur des modèles précis. Les modèles progressent, mais aucune de ces études ne mesure un taux d’erreur nul.
- Excellente à l’examen, pas forcément utile. Dans une étude randomisée publiée dans Nature Medicine en février 2026, 1 298 participants devaient identifier la pathologie et la conduite à tenir dans dix scénarios, avec l’aide d’un modèle (GPT-4o, Llama 3, Command R+) ou d’une source de leur choix. Seuls, les modèles trouvaient la bonne pathologie dans 94,9 % des cas ; les participants qui s’en servaient, dans moins de 34,5 % des cas, sans faire mieux que le groupe témoin (Nature Medicine). Un score presque parfait aux examens ne garantit pas une aide fiable en situation réelle.
- Elle construit sur tes erreurs. Une équipe du Mount Sinai menée par Mahmud Omar a glissé un détail inventé (examen biologique, signe ou maladie) dans 300 vignettes cliniques, soumises à six modèles. Selon les modèles et les consignes, 50 % à 82 % des réponses reprenaient ou développaient l’erreur ; une consigne de prudence faisait passer le taux moyen de 66 % à 44 % (Communications Medicine, 2025). Refait sur GPT-5, le test donne 65 % d’erreurs reprises avec une consigne standard, et 7,67 % avec la consigne de prudence (npj Digital Medicine, 2026). Traduction : si ta flashcard contient une erreur et que tu demandes à l’IA de l’expliquer, elle risque de te l’expliquer très bien.
- Elle invente des références. Une équipe niçoise menée par Mikaël Chelli a demandé à trois modèles de retrouver la bibliographie de revues systématiques : 39,6 % des références de GPT-3.5, 28,6 % de celles de GPT-4 et 91,4 % de celles de Bard étaient inventées (JMIR, 2024). Pour la LCA ou ta thèse, chaque référence se vérifie dans PubMed avant d’être citée.
- Même dans une publication officielle. Dans l’article de Google présentant Med-Gemini (mai 2024), un compte rendu de scanner généré par le modèle mentionne un « old left basilar ganglia infarct » : une structure qui n’existe pas, mélange des noyaux gris centraux (basal ganglia) et de l’artère basilaire (arXiv).
Notre lecture : l’argument inverse est sérieux : les modèles récents connaissent énormément de médecine, et une bonne consigne réduit fortement les erreurs, comme le montre le test sur GPT-5. Mais l’IA reste la plus dangereuse là où tu es le plus fragile, sur ce que tu ne sais pas encore. Un senior repère l’erreur plausible ; un externe l’apprend. D’où la règle : l’IA pour questionner et expliquer, le référentiel pour valider.
Secret médical et RGPD : la ligne rouge
En stage, il est tentant de coller un cas « intéressant » dans une IA pour qu’elle t’explique la démarche. Ne le fais pas, même sans le nom.
- Le secret s’impose à toi. Le commentaire du code de déontologie médicale précise que les personnes en formation présentes lors de l’examen et des décisions « sont tenues de respecter le secret de ce qu’elles ont vu et entendu » (Ordre des médecins). La révélation d’une information à caractère secret est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende (Code pénal, art. 226-13).
- Les données de santé sont sensibles, avec une définition large : santé physique ou mentale, passée, présente ou future (CNIL).
- « Anonymisé à la main » ne veut pas dire anonyme. Pour la CNIL, l’anonymisation doit rendre l’identification impossible « de manière irréversible » ; remplacer un nom par des initiales, c’est de la pseudonymisation, et les données « conservent donc un caractère personnel » (CNIL). Un âge, un service, une date d’admission et une maladie rare suffisent souvent à reconnaître quelqu’un.
- La HAS l’a observé : elle range la transmission d’informations confidentielles parmi les mauvaises pratiques des professionnels (HAS).
La bonne méthode : pars d’un cas fictif (construit à partir d’un item, pas d’un patient), d’une annale ou d’un cas publié. Et si un proche te demande ce que « dit l’IA » sur ses symptômes, oriente-le vers un médecin : ni toi ni un outil de révision ne donnez de conseil médical.
Les règles de ta fac
Il n’existe pas de règle nationale unique : chaque établissement fixe la sienne, parfois chaque enseignant (plusieurs chartes sont comparées dans cet article). La charte de l’Université d’Angers, qui s’adresse à tous ses apprenants, est représentative : accord de l’enseignant ou du tuteur, interdiction d’y transmettre des données personnelles ou confidentielles, déclaration de l’usage dans le document final (Université d’Angers). Pour une thèse, déclarer passe aussi par la citation : voir comment citer une IA dans un mémoire.
Et le jour J, aux EDN, tu composes seul, sur une tablette. L’IA n’a de valeur que si elle t’a rendu capable de répondre sans elle.
Ce que ça change concrètement pour toi
- Base tes révisions sur LiSA et les référentiels ; l’IA vient après, pour t’interroger.
- Fais-toi poser des questions, réponds, puis vérifie la correction dans la source.
- Vérifie systématiquement chiffres, unités, noms de médicaments et références.
- Ne colle jamais rien qui vient d’un patient réel, même sans nom.
- Garde des séances sans IA : annales chronométrées, stations d’ECOS à voix haute en binôme.
- Note les dates : EDN du 12 au 15 octobre 2026 ; dates des ECOS 2027 à guetter sur le site du CNG.
FAQ
ChatGPT peut-il remplacer les référentiels pour préparer l’EDN ?
Non. Le contenu attendu est fixé par les items officiels de la R2C et les référentiels des collèges, accessibles notamment via LiSA. Une IA peut t’interroger et t’expliquer, mais ses réponses se vérifient dans ces sources : les études publiées montrent des erreurs plausibles et des références inventées.
Je peux coller un compte rendu de stage anonymisé dans une IA ?
Non. Tu es tenu au secret médical, et retirer le nom à la main n’anonymise pas : pour la CNIL, des données pseudonymisées restent des données personnelles. Travaille sur des cas fictifs, des annales ou des cas publiés.
Quand ont lieu les EDN 2026 ?
La première session a lieu du 12 au 15 octobre 2026, en quatre épreuves de trois heures, dont la lecture critique d’articles le 15 octobre. Il faut 14/20 aux connaissances de rang A pour accéder aux ECOS ; une seconde session est organisée par les UFR avant les ECOS.
Je suis en PASS ou en LAS cette année : la réforme me concerne ?
Ton année 2026-2027 suit les règles actuelles. La voie unique est annoncée pour la rentrée 2027, avec une transition prévue pour les étudiants entrés en septembre 2026. Les doyens contestent ce calendrier : suis les informations officielles de ta faculté.
Pour aller plus loin
- Réviser l’EDN avec la base publique des médicaments : fiches pharmaco sourcées et limites à connaître.
- Réviser avec l’IA sans tricher : rappel actif, méthode Feynman, espacement.
- Le connecteur qcm-sante : de vraies questions d’examen, corrigées avec le corpus.
- IA et intégrité académique : ce que disent les chartes des universités.
Sources
- Les Épreuves Dématérialisées Nationales (EDN) campagne 2027 — Centre national de gestion (CNG) · consulté le 27 septembre 2026
- Arrêté du 23 mars 2026 portant ouverture de la première session des épreuves dématérialisées (année universitaire 2027-2028) — Légifrance · consulté le 27 septembre 2026
- Les Examens Cliniques Objectifs Structurés (ECOS) campagne 2026 — CNG · consulté le 27 septembre 2026
- EDN : la réforme du 2e cycle (R2C) en action — CNG · consulté le 27 septembre 2026
- Réforme des études de santé : ce qui changera à partir de la rentrée 2027 — Service-public.gouv.fr · consulté le 27 septembre 2026
- Le gouvernement annonce la fin des filières Pass/LAS et le retour à une voie unique — L’Etudiant · consulté le 27 septembre 2026
- Études de médecine : reportez la réforme, demandent les doyens — Vidal · consulté le 27 septembre 2026
- Ouverture UNESS livret LiSA pour les étudiants de médecine du 2e cycle — UNESS · consulté le 27 septembre 2026
- L’IA générative en santé : oui, avec un usage responsable — Haute Autorité de santé · consulté le 27 septembre 2026
- Reliability of LLMs as medical assistants for the general public: a randomized preregistered study — Nature Medicine · consulté le 27 septembre 2026
- Multi-model assurance analysis showing large language models are highly vulnerable to adversarial hallucination attacks during clinical decision support — Communications Medicine · consulté le 27 septembre 2026
- New model, old risks: sociodemographic bias and adversarial hallucinations vulnerability in GPT-5 — npj Digital Medicine (PMC) · consulté le 27 septembre 2026
- Hallucination Rates and Reference Accuracy of ChatGPT and Bard for Systematic Reviews — Journal of Medical Internet Research (PMC) · consulté le 27 septembre 2026
- Advancing Multimodal Medical Capabilities of Gemini — Google Research et Google DeepMind (arXiv) · consulté le 27 septembre 2026
- Article 4 du code de déontologie médicale : secret professionnel — Conseil national de l’Ordre des médecins · consulté le 27 septembre 2026
- Code pénal, article 226-13 — Légifrance · consulté le 27 septembre 2026
- Qu’est-ce qu’une donnée de santé ? — CNIL · consulté le 27 septembre 2026
- L’anonymisation de données personnelles — CNIL · consulté le 27 septembre 2026
- Charte d’utilisation de l’IA générative — Université d’Angers · consulté le 27 septembre 2026
- MediQAl, jeu de données de questions médicales en français — ANR MALADES (Hugging Face) · consulté le 27 septembre 2026






