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Détecteurs d'IA : Compilatio, Turnitin, GPTZero sont-ils fiables ?

Décryptage11 min de lecture · 27 septembre 2026

L'équipe GetPack

Ton devoir revient avec un score « IA » élevé alors que tu as tout écrit toi-même. Ou tu as fait relire ton orthographe par un assistant, et tu te demandes si ça va sortir en rouge. Les détecteurs d’IA sont entrés dans les universités en 2023, mais leur fiabilité fait débat, y compris chez ceux qui les vendent. Voici ce que disent les études, les éditeurs et les établissements, et que faire si on t’accuse à tort.

En bref : non, un détecteur d’IA ne prouve rien à lui seul. Les éditeurs annoncent environ 1 % de faux positifs ou moins dans leurs propres tests, mais des études indépendantes ont mesuré des erreurs bien plus fréquentes dans certains cas, notamment pour des étudiants non natifs en anglais ou pour des textes simplement retouchés par une IA. OpenAI a retiré son propre détecteur en 2023 pour manque de précision, et plusieurs universités (Vanderbilt, Waterloo, Le Cap, Curtin) ont désactivé la détection d’IA de Turnitin. Turnitin, GPTZero et Compilatio disent eux-mêmes que leur score n’est pas une preuve. Si tu es accusé à tort, ta meilleure défense est la trace de ton travail : brouillons, historique des versions, notes, et ta capacité à expliquer ta démarche.

Comment fonctionne un détecteur d’IA

Un détecteur d’IA est lui-même un modèle statistique, entraîné sur des textes humains et des textes générés par IA pour apprendre ce qui les distingue. Face à ton texte, il ne « sait » rien : il calcule une probabilité.

Les premiers détecteurs s’appuyaient beaucoup sur la perplexité. James Zou, chercheur à Stanford, la résume comme « le degré de surprise du choix des mots » : un texte très prévisible ressemble davantage à ce que produit une IA. Les outils ont évolué depuis. GPTZero indique qu’il n’utilise plus la perplexité et la « burstiness » depuis l’automne 2023 et qu’il est passé à une architecture d’apprentissage profond, qui classe le texte phrase par phrase. Compilatio a, selon le Journal du Net, affiné un grand modèle de langage sur plus de 7 000 textes produits par ChatGPT, Gemini, Mistral ou Claude. Turnitin, lui, ne détaillait pas sa méthode, ce que l’université Vanderbilt lui reprochait.

La différence avec un logiciel anti-plagiat est capitale. Un rapport de similitude te montre la source copiée : on peut vérifier. Un score d’IA ne montre aucune source. L’équipe de Debora Weber-Wulff le résume dans son étude de 2023 : avec un logiciel de comparaison de textes, « il est au moins possible de fournir la preuve » d’une fraude potentielle, ce qui n’est pas le cas avec les détecteurs d’IA.

Ce que disent les éditeurs eux-mêmes

Ces chiffres sont déclarés par chaque éditeur, sur ses propres tests, et ne sont pas comparables.

Outil Ce qu’il annonce Ce qu’il reconnaît lui-même
Turnitin Moins de 1 % de faux positifs par document, pour les documents où il détecte plus de 20 % d’écriture IA ; environ 4 % au niveau de la phrase (mai 2023) Sous 20 %, le score est marqué d’un astérisque car moins fiable. « Nous en laissons probablement passer 15 % » pour limiter les faux positifs, dit sa directrice produit à BestColleges
GPTZero Faux positifs maintenus à 1 % maximum, 96,5 % de précision sur les documents mixtes, 1,1 % de faux positifs sur des textes du TOEFL (site de l’éditeur) À utiliser « comme point de départ d’une conversation, pas comme verdict final »
Compilatio 94 à 99 % de précision, moins de 1 % de faux positifs, plus de 35 langues (site de l’éditeur) « Ce score n’est pas une preuve », c’est un indicateur à interpréter ; aucun détecteur n’est fiable à 100 %
OpenAI (retiré) 26 % des textes IA repérés, 9 % de textes humains étiquetés IA à tort (janvier 2023) Retiré le 20 juillet 2023 « en raison de son faible taux de précision »

D’abord, le chiffre de 98,5 % de précision mis en avant par Compilatio n’a fait l’objet d’aucun audit externe, note le Journal du Net. Ensuite, « 1 % », ça paraît peu. Vanderbilt a fait le calcul : avec 75 000 copies déposées en 2022, un taux de 1 % aurait pu signifier environ 750 travaux étiquetés à tort. Turnitin l’écrit lui-même : derrière chaque faux positif, il y a un vrai étudiant, et l’entreprise ne peut pas éliminer complètement ce risque. Quant à OpenAI, le créateur de ChatGPT, il a retiré son propre détecteur six mois après son lancement.

Ce que disent les études indépendantes

Le biais contre les non-natifs (Stanford, 2023)

C’est l’étude la plus citée. Weixin Liang, James Zou et leurs collègues de Stanford ont soumis à 7 détecteurs 91 essais du TOEFL (le test d’anglais langue étrangère), tous écrits par des humains, et 88 rédactions d’élèves américains de 13-14 ans. Résultat : 61,3 % de faux positifs en moyenne sur les essais du TOEFL. Les 7 détecteurs ont unanimement classé 19,8 % de ces essais comme écrits par une IA, et au moins un en a signalé 97,8 %, alors que les rédactions américaines étaient presque toutes bien classées. En cause : un vocabulaire plus simple rend le texte plus prévisible. Les auteurs mettent « fortement en garde » contre l’usage de ces outils en contexte d’évaluation, surtout pour des non-natifs.

Un test de 14 outils (2023)

Huit chercheurs de plusieurs pays, menés par Debora Weber-Wulff, ont testé 14 outils, dont Turnitin, Compilatio et GPTZero, entre mars et mai 2023, sur 54 documents. Verdict : ces outils ne sont « ni précis ni fiables ». Tous sont restés sous 80 % de précision, seuls 5 ont dépassé 70 %, Turnitin en tête, suivi de Compilatio. Six outils ont produit des faux positifs, avec un risque qui grimpe fortement pour les textes passés par une traduction automatique. Conclusion : ces systèmes ne devraient pas être utilisés en contexte académique.

Des outils qui progressent, mais pas partout (2025-2026)

Les études plus récentes nuancent le tableau. Brian Jabarian et Alex Imas (université de Chicago) ont testé quatre détecteurs sur 1 992 passages (presse, blogs, avis, romans, CV, mais aucune copie d’étudiant). Les outils commerciaux font nettement mieux que le modèle open source RoBERTa, qui classe à tort de 30 à 78 % des textes humains. Pangram atteint des taux d’erreur quasi nuls sur les passages moyens et longs. Mais la précision baisse sous 50 mots, et les auteurs parlent d’une « course technologique » entre détecteurs et modèles.

Une équipe de l’université Charles de Prague a refait l’expérience de Stanford en tchèque en février 2026 : sur 450 textes d’apprenants, pas de biais systématique contre les non-natifs. Pour les auteurs, ce biais dépend de la langue.

Enfin, une étude de l’université de Notre Dame prépubliée en août 2026 pointe le problème qui te concerne le plus. Sur des résumés scientifiques écrits avant ChatGPT, Pangram et GPTZero ne font aucun faux positif au seuil retenu. Mais un résumé légèrement réécrit par une IA, idées de l’auteur conservées, est signalé dans 64 à 80 % des cas par Pangram et 38 à 49 % par GPTZero. Autrement dit, le détecteur ne distingue pas une relecture autorisée d’une rédaction par l’IA. Les auteurs concluent que le score ne doit pas servir de preuve de fraude à lui seul.

Les universités qui ont débranché la détection

Plusieurs établissements en ont tiré les conséquences :

Le contre-exemple fait froid dans le dos. D’après ABC News, l’Australian Catholic University a enregistré près de 6 000 cas de fraude présumée en 2024, dont environ 90 % liés à l’IA, souvent sur la seule foi du rapport de Turnitin. Des étudiants ont dû fournir notes manuscrites et historiques de recherche pour se défendre. L’université a abandonné l’outil en mars 2025.

Et en France ?

Compilatio, éditeur français, est très présent. Sur le site universitaire Lyon Saint-Étienne, 18 établissements disposent de l’outil, présenté comme capable d’identifier les passages copiés ou générés par une IA, la lecture attentive restant la première méthode de détection. À l’inverse, l’Université de Lorraine n’a pas retenu Magister+, l’offre de Compilatio avec détection d’IA, en invoquant les recommandations de juin 2025 du cadre « L’IA en éducation » : faux positifs nombreux, contournement facile, scores sans justification.

Côté règles, chaque établissement a sa charte (voir notre article sur l’intégrité académique). Celle de l’Université d’Angers prévoit une « analyse approfondie en cas de doute », des sanctions pouvant aller jusqu’à la commission disciplinaire, et compte l’absence de déclaration de ton usage de l’IA parmi les fraudes.

Accusé à tort : la marche à suivre

Respire : un score n’est pas une condamnation. Puis agis avec méthode.

  1. Demande les éléments par écrit. Quel outil, quelle version, quel score, quels passages surlignés. Demande le rapport complet. Tu ne peux pas te défendre contre un chiffre que tu n’as pas vu.
  2. Rappelle calmement ce que disent les outils. Pour Compilatio, son score « n’est pas une preuve » ; pour Turnitin, ses rapports ne doivent pas être « la seule base » d’une sanction. Cite-les, sans agressivité.
  3. Rassemble la trace de ton travail. L’historique des versions de ton traitement de texte (Google Docs, Word sur OneDrive) montre ton texte grandir au fil des jours. Ajoute brouillons, plan, notes de lecture, bibliothèque Zotero, échanges avec ton directeur de mémoire.
  4. Propose d’expliquer ta démarche à l’oral. Pourquoi ce plan, d’où vient cette idée, pourquoi cette source. Quelqu’un qui a écrit son texte sait le défendre.
  5. Si tu as utilisé une IA de façon autorisée, dis-le tout de suite. Relecture, questions de compréhension, retour sur ton plan : montre ta déclaration d’usage et tes échanges avec l’outil. Une simple relecture par IA peut déclencher un signalement ; c’est pour ça que la déclaration faite dès le départ te protège.
  6. Signale ce qui peut fausser le score. Tu n’es pas natif de la langue du devoir, ton texte est court ou très normé : les études citées plus haut montrent que ces cas sont plus exposés.
  7. Si ça monte d’un cran, suis la procédure de ton établissement. Relis la charte et le règlement des études, garde une copie de tous les échanges, et fais-toi aider : élus étudiants, associations, scolarité, médiateur si ton université en a un.

Une chose à ne jamais faire : passer ton texte dans un outil de réécriture pour faire baisser le score. Les chartes visent explicitement ce type de manœuvre, et tu transformerais un faux positif en vraie fraude.

Notre lecture

Les détecteurs ne sont pas des gadgets inutiles : les plus récents se trompent beaucoup moins qu’en 2023 sur des textes 100 % humains, et un professeur a le droit de s’interroger. Mais ils restent probabilistes, opaques, et incapables de distinguer une relecture autorisée d’un texte rédigé par une IA, alors que c’est précisément la frontière que tracent les chartes. Un score devrait ouvrir une discussion, jamais la clore. La réponse durable, c’est un usage transparent et déclaré de l’IA, où l’outil sert de coach qui questionne et corrige, pas de plume.

Ce que ça change pour toi

Travaille dès le premier jour dans un outil qui garde l’historique des versions, conserve tes brouillons datés, vérifie la charte de ton établissement avant d’ouvrir un assistant, et déclare chaque usage de l’IA, même une relecture. Pour citer une réponse d’IA, vois comment citer ChatGPT ou Claude dans un mémoire. Le jour où un score te tombe dessus, tu n’auras rien à inventer : juste ton travail à montrer.

FAQ

Compilatio détecte-t-il ChatGPT ?

Compilatio propose un détecteur d’IA (dans son offre Magister+) qui, selon l’éditeur, repère les textes de ChatGPT, Claude ou Gemini avec 94 à 99 % de précision. Il précise lui-même que son score n’est pas une preuve. Tous les établissements ne l’activent pas : l’Université de Lorraine ne l’a pas retenu.

Un score IA élevé suffit-il pour me sanctionner ?

Les éditeurs eux-mêmes disent que non : Turnitin, GPTZero et Compilatio présentent leur score comme un indicateur. Une sanction relève de la procédure de ton établissement. Demande toujours à voir le rapport et à t’expliquer.

Si je fais corriger mon orthographe par une IA, est-ce que je risque d’être signalé ?

C’est possible : une étude de 2026 montre que des textes légèrement retouchés par une IA sont souvent signalés. Vérifie que ta charte autorise cette aide, puis déclare-la. Une relecture déclarée et autorisée n’est pas une fraude.

Je ne suis pas natif, suis-je plus exposé ?

En anglais, l’étude de Stanford a mesuré 61,3 % de faux positifs en moyenne sur des essais de non-natifs. Une étude de 2026 sur le tchèque n’a pas retrouvé ce biais : il dépend de la langue et des outils.

Comment prouver que j’ai écrit mon mémoire moi-même ?

Montre le chemin, pas seulement le résultat : historique des versions, brouillons, plan, notes de lecture. Puis propose d’expliquer ta démarche à l’oral. C’est ce que les détecteurs ne peuvent pas imiter.

Pour aller plus loin

Sources

  1. GPT detectors are biased against non-native English writers (Liang et al., 2023) — Patterns, Cell Press, via PubMed Central · consulté le 27 septembre 2026
  2. GPT detectors can be biased against non-native English writers — ScienceDaily (communiqué Cell Press) · consulté le 27 septembre 2026
  3. Testing of detection tools for AI-generated text (Weber-Wulff et al., 2023) — International Journal for Educational Integrity · consulté le 27 septembre 2026
  4. Artificial Writing and Automated Detection (Jabarian et Imas, 2025) — Becker Friedman Institute, Université de Chicago · consulté le 27 septembre 2026
  5. Do AI Detectors Work Well Enough to Trust? — Chicago Booth Review · consulté le 27 septembre 2026
  6. Different Time, Different Language: Revisiting the Bias Against Non-Native Speakers in GPT Detectors (Al Ali et al., 2026) — arXiv · consulté le 27 septembre 2026
  7. Why AI Detection Fails for Academic Integrity (Karr Jr et al., 2026) — arXiv · consulté le 27 septembre 2026
  8. New AI classifier for indicating AI-written text — OpenAI · consulté le 27 septembre 2026
  9. AI writing detection update from Turnitin’s Chief Product Officer — Turnitin · consulté le 27 septembre 2026
  10. Testing Turnitin’s New AI Detector: How Accurate Is It? — BestColleges · consulté le 27 septembre 2026
  11. GPTZero Technology — GPTZero · consulté le 27 septembre 2026
  12. How do I interpret burstiness or perplexity? — GPTZero Support Center · consulté le 27 septembre 2026
  13. Compilatio AI detector — Compilatio · consulté le 27 septembre 2026
  14. How do AI detectors work? — Compilatio · consulté le 27 septembre 2026
  15. 98,5 % de précision : Compilatio peut-il vraiment identifier les textes générés par IA ? — Journal du Net · consulté le 27 septembre 2026
  16. Détection de plagiat (Compilatio) — Le numérique à l’Université de Lorraine · consulté le 27 septembre 2026
  17. Lutter contre le plagiat et l’utilisation frauduleuse des intelligences artificielles — Université de Lyon · consulté le 27 septembre 2026
  18. Charte d’utilisation de l’IA générative — Université d’Angers / Polytech Angers · consulté le 27 septembre 2026
  19. Guidance on AI Detection and Why We’re Disabling Turnitin’s AI Detector — Vanderbilt University · consulté le 27 septembre 2026
  20. Discontinuing use of AI detection functionality in Turnitin — University of Waterloo · consulté le 27 septembre 2026
  21. UCT scraps flawed AI detectors — UCT News, University of Cape Town · consulté le 27 septembre 2026
  22. Update on Turnitin AI-Detection Tool — Curtin University · consulté le 27 septembre 2026
  23. University caught out using AI to wrongly accuse students of cheating with AI — ABC News (Australie) · consulté le 27 septembre 2026
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